L'été en Provence avait cette lourdeur oppressante qui faisait onduler l'air au-dessus des ruelles pavées. La vieille maison en pierre niché entre les champs de lavande et les cyprès, semblait vibrer sous le soleil brûlant. J'étais allongé sur le canapé du salon, les volets clos, espérant que le faible souffle du ventilateur suffirait à calmer la moiteur de ma peau.
Je m'appelle Camille et cet été- là , ma vie tranquille allait basculer de façon inattendu.
Mes parents étaient partis pour la journée, me laissant seule avec Julien, le fils d’une amie à ma mères, venu passer quelques jours. Il avait toujours eu ce regard moqueur, ce sourire qui annonçait une provocation imminente. Ce jour-là , il entra dans la pièce avec cette lueur espiègle dans les yeux. Il s'adossa au mur et lança presque comme un défi.
- Je pari que tu n’as pas le cran de te baigner toute nue dans la piscine.
J'éclatais d'un rire nerveux, le prenant pour une de ces blagues stupides. Mais son regard ne flancha pas. Il attendait, sûr de lui, que je refuse. Une vague de chaleur me monta aux joues, pas seulement à cause de la canicule.
- Si j'en suis capable, répondis-je, mon propre courage me surprenant.
Julien arqua un sourcil, un sourire amusé flottant sur ses lèvres, visiblement intrigué par ma réaction. Sans un mot de plus, il se détourna, se dirigea vers l'extérieur. Je le suivis, le cœur battant, sentant que quelque chose était en train de basculer. Le jardin était désert, la piscine miroitait sous le soleil de plomb. L'eau était une promesse de fraîcheur.
Je sentis une hésitation me traverser. Pourquoi avais-je accepté ce défi ridicule. Pourtant, l'idée de reculer devant Julien me dérangeait encore plus. Mes doigts glissèrent sur les boutons de ma robe d'été. J'avais choisi une robe légère, presque transparente sous la lumière du jour et des sandales à talon que j'aimais porter les jours où je voulais me sentir belle.Quand le tissu tomba à mes pieds, je me mordis l'intérieur de la joue, sentant mon propre souffle se suspendre un instant. L'air chaud caressa ma peau nue et l'eau claire semblait m'appeler. Je plongeais d'un mouvement fluide, accueillie par une vague de fraîcheur. Mon corps frissonna sous le contraste saisissant, l'eau m'enveloppait, apaisante et troublante à la fois.
Lorsque je refis surface, Julien était toujours là , debout au bord de la piscine, les bras croisés, m'observant avec un regard indéchiffrable.
- Tu l'as vraiment fait, murmura-t-il presque surpris.
- Tu doutais de moi, rétorquais-je en tentant de donner à ma voix un ton léger.
Mais la tension flottait dans l'air. Julien avait toujours eu ce côté désinvolte, à l'aise dans son propre corps, et pourtant à cet instant, je perçu un éclat inhabituel dans ses gestes.
- Alors, j'imagine que c'est mon tour, souffla-t-il, ôtant lui aussi ses vêtements.
J’eus un haut le cœur en voyant balancer son énorme queue entre ses jambes, avant d'entrer dans l'eau sans hésitation. Il vit la surprise sur mon regard. Il s'approcha lentement, chaque mouvement créant des ondulations, brisant le reflet de la lumière sur la surface. Mon cœur battait fort, mon souffle se coinçait sans que je puisse l'expliquer. Nous étions seul, immergé dans cette bulle réelle de silence, seulement troublé par le champ des cigales.
- Tu n'as pas peur qu'on nous surprenne chuchotais-je, cherchant une échappatoire.
Julien ne répondit pas immédiatement, son regard se fixa sur le mien et une seconde interminable s'écoula avant qu'il n'approche légèrement, assez pour que je ressente la chaleur diffuse de son corps malgré l'eau fraîche.
- Il n'y a que nous ici souffla-t-il, son doigt effleura mon bras sous l'eau.
Un contact à peine perceptible mais terriblement électrisant. Un frisson remonta le long de mon échine, c'était comme si une frontière invisible venait d'être franchie, quelque chose qui ne pouvait plus être défait. Nos regards s'accrochèrent, une dernière fois, et dans cet instant suspendu, je sus que cet après-midi allait tout changer, que la chaleur de l'été ne serait rien comparé à l'incendie qui menaçait de consumer ce que nous pensions immuable.
Les jours suivants, l'air de la maison sembla lourd, chargé d'une tension invisible, chaque regard échangé avec Julien était un fil tendu entre nous, prêt à se rompre à tout moment. Je tentais de me convaincre que rien n'avait changé, que cette baignade n'était qu'un défi insouciant, une provocation de plus parmi tant d'autres, mais je savais que je me mentais.
Le soir, après le dîner, je restais assise sous la tonnelle du jardin, profitant de la brise qui apaisait enfin la chaleur étouffante du jour. Mon verre encore à moitié plein reflétait la lumière des lampions suspendus aux branches du figuier. Derrière moi j'entendis des pas légers. Je savais que c'était lui avant même de lever les yeux. Julien s'assit sur la chaise en face de moi, sans un mot, son regard glissa sur moi avec cette même intensité déroutante.
Ce soir-là j'avais choisi une robe fluide, fine et légère qui laissait mes épaules nues. Elle effleurait mes cuisses lorsque je bougeais et le simple fait d'être sous son regard me donnait la sensation d'une caresse invisible sur ma peau.
- Tu es bien silencieuse depuis hier, fit-il remarquer en sirotant son verre.
Je haussais les épaules, essayant d'afficher un sourire indifférent.
- Je n’ai rien à dire.
- Oh, vraiment, demanda-t-il un sourire en coin, tu ne regrettes pas ton audace.
Sa voix était douce, mais il y avait une pointe d'amusement provocateur qui me fit frissonner. - - Pourquoi je regretterais, tu pensais que j'allais fuir.
Julien se pencha légèrement en avant, appuyant ses coudes sur la table. L'espace entre nous semblait rétrécir, l'air même devenait plus dense.
- Non souffla-t-il, je pense que tu as aimé ça.
Je déglutis, mon regard fuyant le sien. Il me connaissait trop bien, savait exactement comment me déstabiliser. Le silence se prolongea entre nous, seulement troublé par le vent qui faisait
bruisser les feuilles du figuier. Puis Julien se leva lentement, me demanda de le suivre..Je levais les yeux vers lui, incertaine.
- Ou ?
- Suis-moi.
Il ne me laissa pas le choix. Il s'éloigna, ses pas résonnant légèrement sur les pierres du jardin. Après une seconde d'hésitation. Je me leva et le suivis. Il nous guida jusqu’à l'arrière de la maison où la piscine miroitait sous la lumière des étoiles. L'eau paraissait plus sombre la nuit, plus profonde. Il tourna vers moi, un éclat malicieux dans les yeux.
- Un dernier défi, dit-il
- Encore, soufflais-je.
- A moins que tu n'es peur.
Cette fois, ce n'était plus seulement un jeu, je le sentais. Quelque chose avait changé. Mon cœur battait à un rythme déraisonnable, alors qu'il s'approchait de moi lentement, comme s'il me laissait la possibilité de reculer. Mais je ne bougeais pas. il tendit la main, et du bout des doigts effleura la fine bretelle de ma robe, un frisson remonta le long de mon dos.
- Dis-moi d'arrêter, murmura-t-il.
Je ne répondis pas. Lentement, il glissa son doigt sur ma peau, le long de mon bras. L’attente était insoutenable et pourtant, je ne pouvais pas me dérober. Puis, d'un geste calculé, il fit glisser la bretelle, me mettant entièrement nue. Mon souffle se coupa, l'air tiède, le murmure du vent, le clapotis léger de l'eau contre le rebord de la piscine, tout semblait s'être arrêté autour de nous. Je savais que je devais parler, mettre fin à cette tension, mais aucun mot ne sortis de ma bouche. Julien me regarda encore une seconde avant de souffler dans un tendre sourire.
- Tu es magnifique comme ça.
Puis il s'écarta légèrement et plongea dans la piscine sans attendre de réponse. Je restais figée un instant, le cœur battant. La voix dans ma tête hurlait que c'était une ligne que nous ne devions pas franchir, mais mon corps lui, frissonnait d'un désir interdit. Sans plus réfléchir, je le suivis dans l'eau. L'eau fraîche effleurait ma peau, le bout de mes seins, comme une caresse sous la lueur de la lune. Julien nageait lentement autour de moi, me scrutant d'un regard à la fois intense et insondable. Loin du soleil brûlant de l'après-midi, la nuit enveloppait notre jardin d'une aura étrange, presque irréelle. Je voulais dire quelque chose, briser cette tension qui s'était installée entre nous depuis trop longtemps, mais chaque mot mourait avant même d'atteindre mes lèvres.
Je sentais encore le frisson du tissu de ma robe effleurant ma peau lorsqu'il avait fait glisser cette fine bretelle, un geste si anodin en apparence et pourtant chargé de tant de non dit. Avec des gestes subtil, il ôta ses vêtements Julien s'approcha doucement, l'eau créant des ondulations légères autour de lui. Lorsqu'il s'arrêta à quelques centimètres de moi, j'eus l'impression que le monde entier s'était rétréci à ce simple espace entre nous.
- Tu trembles, murmura-t-il.
- C'est l'eau froide, mentis-je.
Un sourire effleura ses lèvres. Il ne me croyait pas, bien sûr. Il leva la main lentement, comme s'il testait mes limites. Il frôla ma joue du bout des doigts mouillés. C'était à peine un contact, mais je sentis un frisson descendre le long de ma colonne vertébrale.
- Dis-moi de partir, chuchota-t-il.
J'ouvris la bouche, mais aucun son ne sortit, parce que je savais que je ne voulais pas qu'il parte. Son regard scrutait le mien, cherchant une réponse silencieuse que je n'osais formuler.
- Ce que nous faisons...
Je laissais ma phrase en suspens, incapable de mettre des mots sur cette chose fragile et interdite qui se tissait entre nous.
- Oui interrompit-il doucement, je sais.
Il ne s'excusa pas, ne chercha pas à se justifier. Il savait tout simplement, et son regard disait qu'il s'en fichait. Une seconde passa, une éternité. Puis, dans un geste d'une douceur infinie, il pencha légèrement la tête et effleura mon front du sien. Ce n'était pas encore un baiser, juste une proximité, un aveu silencieux. Je sentis sa respiration sur ma peau. Chaque battement de mon cœur tisonnait dans tout mon corps. Je devais parler, je devais bouger, je devais fuir, mais je ne fis rien. Ce fut lui qui recula.
- Bonne nuit, murmura-t-il avant de se détourner et de sortir de la piscine.
Je restais là , le souffle coupé, l'eau froide ne suffisant plus à calmer l'incendie qui grondait en moi. Les jours suivants furent un tourment silencieux. Rien n'avait été dit et pourtant tout avait changé. Chaque fois que nos regards se croisaient, je sentais cette tension étouffante, cet incendie que nous nous efforcions d'ignorer. Le matin, Julien était assis à la table de la cuisine, feuilletant un journal comme si de rien n'était. Mon regard s'attarda sur lui malgré moi.
Le torse nu, les cheveux encore humides de la douche, il affichait.cette nonchalance provocante qui me troublait bien plus qu'elle ne l'aurait dû. Je détournais les yeux en prenant mon café, tentant de retrouver mon souffle. Mais lorsque je passais à côté de lui, il leva la main, et du bout des doigts frôla mon poignet. Un geste simple, anodin en apparence, mais qui envoya une décharge électrique dans tout mon corps.
- Tu m'évites, constat-il sans détour.
Je m'arrêtais, sentant ma peau brûler sous son contact même léger.
- Je ne t'évite pas, mentis-je en évitant son regard.
- Alors pourquoi tu ne me regardes pas.
Je sentis un sourire dans sa voix. Une chaleur dangereuse s'insinua en moi. Avant que je ne puisse répondre, il se leva lentement, réduisant l'espace entre nous. Mon souffle se coupa, mon dos heurta le comptoir derrière moi, me piégeant dans cette proximité insoutenable.
- Dis-moi de m'éloigner, murmura-t-il son regard plongé dans le mien.
Je n'en fis rien. Il avança d'un pas encore, son corps frôlant le mien, son souffle chaud effleurant ma joue, me demanda à l’oreille ce que je ressentais. Ma gorge se serra, je voulais parler, je devais parler mais je restais muette. Julien glissa lentement ses doigts le long de mon bras, une caresse fantôme à peine perceptible, et soudain ma peau se couvrit de frisson.
- Tu vois, souffla-t-il.
Son murmure était une provocation, un piège auquel je ne pouvais échapper et avant même que je ne puisse me détourner, il se pencha, effleura ma tempe du bout des lèvres. Ce n'était pas encore un baiser, juste un frisson brûlant , un aveu silencieux. Puis, comme si de rien n'était il se recula un sourire amusé au lèvres.
- Tu devrais finir ton café, dit-il avant de quitter la pièce me laissant tremblante contre le comptoir. J'étais piégé et je le savais.
La nuit était tombée sur la maison, enveloppant tout d'un silence presque irréel. Je tournais dans mon lit, incapable de trouver le sommeil. Chaque battement de mon cœur résonnait dans
mes oreilles, chaque pensée revenait inlassablement à Gabriel, son regard, son souffle sur ma peau, ce jeu dangereux dont je ne savais comment m'échapper.
Puis un bruit léger me fit sursauter, des pas dans le couloir. Je retins mon souffle, le corps tendu sous les draps. La poignée tourna doucement. Il n'avait même pas frappé.Julien entra dans la pièce refermant la porte derrière lui d'un geste silencieux.
- Qu'est-ce que tu fais, chuchotais-je ma voix à peine audible.
Il ne répondit pas. Il s'avança lentement jusqu'au bord de mon lit, son ombre se découpant dans la pénombre de la chambre. Mon cœur battait si fort que j'étais sûr qu'il l'entendait. Il s'assit sur le bord du matelas. Je pouvais sentir la chaleur de son corps malgré la distance infime entre nous.
- On ne peut pas, murmurais-je.
Mais même moi je n'y croyait plus. Julien sourit légèrement comme si cette phrase n'avait plus aucun sens, puis lentement il effleura ma main du bout des doigts.
- Alors dis-moi d'arrêter.
Je ne dis rien. Mon silence était un aveu bien plus grand que n'importe quelle parole. Il se pencha alors légèrement son front frôlant le mien, son souffle chaud caressant mes lèvres sans encore les toucher.
- On ne reviendra pas en arrière, murmura-t-il.
Un frisson parcourut mon corps et quand enfin nos lèvres se touchèrent tout explosa. Sans plus attendre, je lui ouvris mon lit. C'était un mélange de douceur et d'urgence, de peur et de désir. Mes doigts se crispèrent dans son dos nu , alors qu'il m'attirait à lui, réduisant à néant la dernière barrière entre nous. Rien d'autre n'existait à cet instant, ni la morale, ni la raison, ni le monde extérieur. Juste lui et moi dans cette nuit torride où tout basculait.
Le lendemain matin, la maison semblait la même, les murs était toujours là immobile, le soleil filtrait à travers les rideaux comme tous les jours, mais moi j'étais différente.
Assise à la table du petit-déjeuner je fixais mon café sans vraiment le voir. Julien s'installa en face de moi, aussi serein que d'habitude, comme si rien ne s'était passé. Alors qu'il tendait la main pour attraper une tartine de pain, ses doigts emprisonnèrent les miens, un simple contact anodin en apparence et pourtant il portait en lui le poids d'un secret impossible. Nos regards se croisèrent et je sus que nous avions franchi un point de non retour. Mais je sus aussi que ce n’était pas la fin.
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