À la fête organisée pour ma femme, cet homme leva son verre de whisky, lança un regard méprisant à l'assemblée, s'adressa aux maris qui travaillent dur et paient les factures pour que nous puissions profiter de leurs femmes. Des clameurs et des rires gras et déplaisant s'élevèrent dans la salle. J'esquissais un sourire, faisant semblant de ne pas être complètement anéanti. Mais soudain, une pensée traversa mon esprit. J'avais quarante deux ans et dirigeais une entreprise d’une soixantaine d’employés, dirigeant d’importants contrats. Mais « petite » entreprise correspondait mieux à l’image que ma femme aimait projeter.
Ma femme, Jessica, avait trente ans et était avocate d'affaires. Son univers de verres et de marbre était radicalement différent du mien. Aux yeux des autres, nous étions le couple idéal avec l'image parfaite. Mais en privé, nous nous éloignions peu à peu l'un de l'autre. Elle rentrait de plus en plus tard et parlait de ses réunions de travail avec beaucoup plus d'enthousiasme qu'elle n'en montrait pour nous. Les titres et l'image devenaient plus importants à ses yeux que notre mariage. La femme que j'aimais profondément devenait silencieusement une étrangère, alors que j’assurais le paiement des factures.
Quelques semaines avant ce désastre sur le toit, j'étais dans mon bureau, à monter des dossiers, scruter des chiffres, des plannings de projets, des listes de matériel et des coûts de carburant. Les tâches ingrates qui, en réalité, faisaient tourner l'entreprise. Mon assistante, Maria, sonna, pour me dire que ma femme était en ligne. J'appuyais sur le bouton, toujours les yeux rivés sur le contrat. « Salut, chéri. » La voix de ma femme était douce comme du miel, ce ton si particulier qu'elle n'utilisait que lorsqu'elle voulait quelque chose.
- Marcus, n'oublie pas la soirée de promotion des associés vendredi. Au Charleston. Je t'en ai parlé. Tu te souviens ? »
Honnêtement, je ne m'en souvenais pas. J'étais bloqué par les nouveaux contrats, le recrutement de nouveaux employés, la négociation d'un local plus grand. Mon monde, c'était les horaires, pas les cocktails. Je lui dis que je ne savais pas si je pourrai venir. Sa voix changea. La douceur disparu.
« J'ai besoin de mon mari à mes côtés. C'est important pour ma carrière, Marc.
Pas pour notre vie, pas pour notre avenir, pour sa carrière à elle. Je suis resté assis, fixant le tableur, à l'écoute de la dureté dans sa voix. Quelque part entre. « Salut chéri, et j'ai besoin de toi » Je ne me sentais plus comme un partenaire, mais comme un accessoire. La veille de la fête, je suis rentré tard du bureau. Ma femme était assise au salon, son ordinateur ouvert, la lumière bleue éclairant son visage. Elle n'a même pas levé les yeux quand je suis entré, elle a continué à taper comme si je n'étais qu'un bruit de fond.
« N'oublie pas, m'a-t-elle rappelé, les yeux toujours rivés sur l'écran, ton costume bleu marine, une belle cravate, et va te faire couper les cheveux demain.
Je suis restée là une seconde, avec l'impression qu'elle me préparait pour une photo, pas qu'elle parlait à son mari. Le dîner était composé de restes et de discussions sur le cabinet d'avocats, les jeux de pouvoir au bureau, qui pourrait devenir associé, qui était en danger. J'aurais pu être n'importe qui assis là, acquiesçant aux moments opportuns. Avant, notre maison était un havre de paix, un refuge après une dure journée. Dernièrement, elle ressemblait à une salle d'attente, un lieu de passage pour aller au bureau, et je payais pour qu'elle puisse continuer à gravir les échelons. C'est comme ça que la distance s'installe dans un mariage. Pas d'un coup. Ça s'insinue petit à petit, à la fois. Le jour de la soirée au Charleston, elle est sortie de la salle de bain. Pendant une seconde, tout me parut comme avant. La robe noire lui allait à merveille, ses cheveux étaient lâchés, le parfum que je lui avais acheté, doux, cher, familier. Elle se retourna et me demanda.
- Comment tu me trouves ?
- Tu es magnifique, lui dis-je, et je le pensais vraiment.
Une petite voix murmura au fond de moi. « Oui, mais pour qui t’habilles-tu comme ça ? » Nous sommes arrivés au Charleston et j'ai confié les clés à un voiturier. À l'intérieur, l'ascenseur nous a menés directement au monde de l'argent. Verre, marbre, lumière tamisée, un trio de jazz, et la ville scintillant par les fenêtres. Quand nous sommes entrés, tout le monde s'est retourné sur Jessica. Partenaires, associés, conjoints, clients, tous la regardaient comme si elle était la vedette du show. J'étais le type à côté d'elle. Une partie de moi était fier, c'est ma femme. L'autre partie ressentit un froid glacial s'installer en moi, comme en entrant dans une pièce dont j'ignorais les règles. Je ne tardais pas à le rencontrer.
- Allez, je veux que tu dises bonjour aux associés, dit ma femme me tenant le bras.
Nous nous sommes arrêtés devant un cercle de costumes coûteux et de faux sourires travaillés. Elle me présenta William Carter et Jonathan Miles, des noms que j'avais vu sur des contrats, des visages que je n'avais qu'aperçus en photos.
Puis Taylor s'approcha. On le reconnaissait tout de suite. Trop jeune pour cette assurance, trop sûr de lui. La montre à son poignet valait le salaire annuel d’un employé. Il tendit la main. Sa poigne semblait indiquer qu'il cherchait à prouver quelque chose.
- Jessica m’a beaucoup parler de toi, Marc. Elle dit que ton entreprise se porte très bien.
Je le regardai droit dans les yeux.
- Disons que je travaille dur pour qu’elle évolue.
Il sourit puis se détourna. Non pas pour regarder ma femme, mais plutôt pour l'admirer.
- Elle est brillante, tu sais. On a fait beaucoup de nuits blanches ces derniers temps. Je n'aurais pas pu gérer l'affaire Vernon sans elle.
Sa main a glissé jusqu'à la taille de ma femme. Pas assez bas pour être déplacé. Pas assez haut pour être innocent. Elle est restée là une seconde de trop. Mon cerveau l'a enregistré. Mon intuition l'a cerclé en rouge. Une fois qu'on repère la première faille, on ne peut plus s'empêcher de voir toutes les autres. Après la poignée de main, j'ai commencé à le surveiller. Pas d'une manière jalouse, possessive, mais comme un homme qui observe un orage à l'horizon.
Chaque fois que ma femme s'éloignait, les yeux de Taylor la suivaient nonchalamment. Pas comme un collègue qui suit une coéquipière, mais comme un homme qui vérifie où est passée sa chose préférée dans la pièce. Jessica riait à ses blagues plus fort qu'elles ne le méritaient. Des petites remarques anecdotiques du bureau, des choses qui n'étaient pas vraiment drôles. J'entendais. Ils se lançaient des répliques et échangeaient ce regard complice, celui que deux personnes se lancent lorsqu'elles sont proche.
Puis elle a disparu. Il était vingt et une heure quarante. Je le savais parce que j'ai vérifié mon téléphone, me demandant quand cette satanée soirée allait enfin se terminer pour que je puisse rentrer chez moi, enlever mon costume, arrêter de sourire. Jessica parlait à un groupe d'avocats, puis, plus rien. Comme ça, d'un coup. Pas de robe noire, pas de rire familier. J'ai attendu quelques minutes, puis j'ai commencé à chercher. Pas paniqué, pas dramatique, juste un mari qui se demande où est passée sa femme.
J'ai regardé près des toilettes. Sans succès. Puis j'ai aperçu la porte du jardin sur le toit légèrement entrouverte Je suis sorti. La nuit était douce. La ville scintillait. Quelques tables étaient éparpillées un peu partout, L'endroit était tamisé et intime. Dans le coin le plus éloigné, je les ai vus. Jessica et Taylor, debout, trop près, parlant trop bas. Sa main était sur sa poitrine. Elle le fixait. Pas une étreinte, pas une caresse amicale. Non, c'était autre chose. Je suis resté là une dizaine de secondes, sentant quelque chose au plus profond de moi se figer instantanément.
Puis je suis rentré à l'intérieur, je suis allé au bar et j'ai commandé un double whisky. Ma femme est revenue quelques minutes plus tard, les joues étaient, son rouge à lèvres légèrement estompé et ses cheveux semblaient avoir été coiffés à la hâte. Elle s'est glissée à côté de moi comme si de rien n'était.
- Désolée», a-t-elle murmuré. J'avais besoin de prendre l'air.
- Oui, ai-je répondu en prenant une gorgée de whisky. J'en suis sûr.
Elle m'a lancé un regard étrange, mais ne dit rien. Quelques minutes plus tard, Taylor réapparut. La soirée continua. D'autres verres, d'autres rires, d'autres regards. A moi de faire semblant de ne pas savoir ce qu’il venait de se passer. Puis, William Carter se dirigea vers le centre de la pièce et tapota son verre.
- Mesdames et messieurs, annonça-t-il. J'aimerais dire quelques mots.
Le silence se fit dans la salle. Carter commença à parler du succès de l'entreprise et du travail acharné. Discours d'entreprise classique. Puis il tendit le microphone à Taylor.
- J’ajouterais, commença Taylor.
Ses paroles étaient légèrement rauques à cause de l'alcool. Il me jeta un regard arrogant, puis leva son verre de whisky et sourit à l'assemblée.
- Je veux juste porter un toast aux collaborateur, dit-il en levant son verre, à tout ceux qui ont ont vraiment contribué au succès cette année, et à celles qui savent ce qu'il faut faire pour avancer.
Puis il se tourna légèrement, leva son verre vers Jessica.
- A la santé aussi aux maris naïfs qui restent à la maison, pendant que nous aidons leurs femmes à assouvir leur fantasmes, car tout le monde ici sait qu’un dossier se finalise au lit. Du reste, il n’y a jamais rien eu entre nous, Jessica ? Faudra combler ce vide, n’est-ce pas?
Des rires éclatèrent dans la salle. Pas tout le monde, mais suffisamment. Je ne regardais pas Taylor. Jessica ne l’interrompit pas, ne détourna pas son regard, prit simplement une gorgée de champagne. Je souris comme si cela ne me blessait pas, comme si je ne brûlais pas de l'intérieur. Mais dans ma tête, une phrase me frappa l’esprit. Calmement, je me retirais sur la terrasse, pensant que ma femme me rejoindrait. Mais il n’en fut rien. Je décidais alors de regagner la salle. C’est là que je vis Jessica et Taylor sortir des toilettes Je m’ approchais de Taylor, essayant d’avoir l’air détaché, mais je sentais une pointe de nervosité dans ma voix. Je sentais qu’il savait que quelque chose n’allait pas, même s’il ne savait pas exactement quoi.
- Alors, soulagé Taylor, demandais-je.
Il me regarda en souriant, mais je voyais bien qu'il y avait quelque chose de plus profond
- Ça va, répondit-il.
Son ton était doux, mais une menace couvait. Je me déplaçais mal à l'aise entre eux, mais ne savais pas quoi dire. L'air était lourd d'une tension non exprimée. Un instant, je regardais mon épouse, son expression indéchiffrable, puis je tourna vers Taylor.
- Tu sais, Taylor, c'est assez bizarre. Je voulais te poser une question.
Taylor haussa un sourcil, se penchant légèrement en arrière.
- Ah oui. Quoi donc ?
J’ai fait un pas de plus, et je pus voir les muscles de sa mâchoire se contracter.
- Je me demandais juste si tu te souvenais de ce qui s'est passé aux toilettes ce soir.
J’ai dit ça avec un calme étrange, presque comme si je le testais Taylor, attendant une réaction. Son sourire s'est effacé et ses yeux ont vacillé pendant une brève seconde. J'avais le pressentiment que cela n'allait pas bien se terminer. J'ai regardé Taylor, son expression s'est glacé, mais il n'a pas reculé. Il s'est penché un peu plus près et a dit.
- Il y a cinq minutes dans les toilettes, ta charmante épouse m’a fait une fellation pour combler le manque qu’il y avait entre nous. Et tu sais quoi...elle a tout avalé.
Les mots ont résonné comme une bombe. J'étais paralysé, la gorge asséchée. Tout autour de moi a semblé se brouiller, et j'ai ressenti une vague de colère me submerger. Je n'ai pas bougé.
- Est-ce que est vrai ? Demandais-je à Jessica, la voix à peine audible.
Ma femme ne pouvait plus respirer. Elle voulait dire quelque chose, nier, le faire disparaître. Mais les mots ne venaient pas. Elle regardait Taylor, puis moi, l'esprit en ébullition, le corps tremblant. Je repris enfin la parole, ma voix tremblante, contenant à peine ma fureur.
- Depuis combien de temps, Jessica ?
- C’est la première fois, James...il ne c’est rien passé.
- Très bien. Je vais y aller, Jessica. Je vous souhaite de bien vous amuser.
Cette nuit là, ma femme rentra vers deux heures du matin. Sur la table, une enveloppe à son nom. Elle l’ouvrit, et y trouva des preuves accablantes. Des fellations dans une voiture, suivi d’une sodomie en levrette, des baisers dans de cafés branchés, et l’intégrale de la soiré, ou on voit Taylor m’humilier, sans que mon épouse n’intervienne en ma faveur. Puis j’informais Jessica que lundi j’enverrais un dossier au R H, que je déposerais une demande de divorce, et que mon avocat la contacterait dans la semaine. Nous sommes actuellement en pleine phase de séparation. Quant à Taylor, il s’en remettra.
Je me connecte ou je m'inscris